Un graveur retrouvé, Jean Claudius Charmier

Ces pages de blog sont habituellement consacrées aux artistes contemporains, aux expositions du jour, aux événements dans lesquels la gravure occupe une place, quelle qu’elle soit. Mais aujourd’hui, c’est d’un artiste disparu il y a quasiment 150 ans qu’il va être question, Charmier. 

Son nom ne dit rien à personne, hormis peut-être à quelques rares collectionneurs de ses dessins - on en trouvait naguère chez Mazarini à Lyon - et gravures. Sans le hasard d’un furetage qui fit un jour découvrir, dans un carton de bouquiniste, cinq gravures sur un vélin très blanc, si propre qu’on a d’abord cru à des impressions récentes,  et dont l’une seulement était signée par des initiales, on n’aurait pas rencontré Jean-Claudius Charmier.  De fil en aiguille, de carton en carton devrait-on dire, de marchand en marchand, s’est constitué ainsi un petit ensemble. Mais l’extrême rareté des estampes poussait à aller plus loin et à rassembler sur le papier tout ce qu’on pouvait glaner sur cet artiste. 

Charmier, Paysage au château, 1847.
Charmier, Paysage au château, 1847.

On sait peu de choses malheureusement : d’une vie, il reste deux lignes dans un dictionnaire (Bénézit) : il a suivi les cours de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon en 1823 et 1824. Après sa mort sa veuve fit don en 1865 d’une partie de son oeuvre à la Bibliothèque du Palais des Arts. Les recherches dans les ressources de la BN, de la BML ne donnent presque rien de plus. On apprend par ailleurs qu’en 1848 il publie un album de six eaux-fortes. Qu’il est mort en 1862 à Ecully. Même l’article « récent » de M.-F. Pérez dans son article des Nouvelles de l’estampe « La gravure à Lyon au XIXème siècle, de de Boissieu à Appian », 1996, l’ignore.

On devine à la lecture de la très savante Revue du Lyonnais qu’en 1877 l’oeuvre de Charmier est à peine connue : c’est ainsi qu’un chroniqueur, rendant compte de la vente d’une collection importante de l’artiste lyonnais Augustin Thierriat semble découvrir la valeur des « eaux-fortes inconnues de Charmier », et même sa qualité de lyonnais.

Un autre article de cette même revue, quelques années plus tard (1880) fait figurer Charmier dans la liste des artistes qui sur un siècle ont fait la réputation de la gravure régionale : « L’école lyonnaise se distingue de ce côté et on pourrait faire un album respectable des quatre ou cinq cent pièces dont les auteurs auraient signé de Boissieu, Bidault, Belay, Charmier, Baron, Leymarie, Duclaux, Allemand, Guy, Cinier, Appian, Beauverie et d’autres dont la pointe ne s’émoussera jamais. » écrit par exemple Sicard dans un article intitulé « De la peinture lyonnaise ». Le tournant du siècle, la guerre, les changements rapides du monde font finalement disparaître son nom et son souvenir. Même si dans les années 1970 un éditeur de bibliophilie controversé, Jean de Bonnot, publie un ensemble de six eaux-fortes, dont on trouve aujourd’hui peu de traces sur les sites de vente aux enchères.

Charmier, Boqueteau près de la Serve, vers 1850 (BM Lyon Res Est 28211)
Charmier, Boqueteau près de la Serve, vers 1850 (BM Lyon Res Est 28211)

Mais qu’est-ce qui peut donc aujourd’hui justifier qu’on s’intéresse à cet artiste, alors que son oeuvre gravé est peu important, de 24 pièces connues pour l’instant ? 

Jugé à l’aune des autres artistes lyonnais, qui gravent dans les mêmes années que lui, Batlhazar Jean Baron (né en 1788) et Hector Allemand (1808), ou même Antoine Ponthus Cinier (1812), les deux premiers catalogués, tous trois plus ou moins recherchés encore aujourd’hui, il ne fait pas mauvaise figure. Il ne s’en éloigne pas par les thèmes (lisières de forêts, bosquets, rochers, personnages sur des chemins, demeures et monuments) qui sont ceux des paysagistes de son temps comme Bléry et des graveurs de Barbizon (Rousseau, Jacque, Millet). On n’est pas à Barbizon mais l’esprit y est presque. L’influence hollandaise y est manifeste, celle de Waterloo notamment. Ce sont des amoureux de la nature, dont ils aiment les lieux écartés, simples et non pas grandioses.

Ses estampes sont moins griffonnées que celles d’Allemand, paraissent ainsi plus régulières, solides, réfléchies. A l’inverse de celles de Baron, les planches de Charmier, rarement animées, sont d’une pointe toujours juste. Confronté à Ponthus Cinier, souvent lourd et empesé, il ne semble pas influencé par le paysage  historique, ni marqué par le voyage en Italie.

Ainsi apparaît sa particularité : un paysage souvent désolé (s’il y a une figure, elle est perdue dans le panorama ou quasiment invisible), mais composé avec équilibre, et tracé d’une pointe rapide et précise, réfléchie pourrait-on dire, un peu laborieuse parfois, manquant peut-être de nuances. Cependant dans telle planche il étonne par la vivacité et la spontanéité de son trait, dans telle autre il sait rendre la lumière brutale du Sud. Souvent, l’ensemble est réussi, le résultat charmant, fin, laissant une vague impression de mélancolie…  

Mais pour couper court, le lecteur ira voir l’ensemble de l’oeuvre gravé retrouvé à ce jour sur la page qui lui est consacrée sur ce site afin de se faire une opinion. 

P.B.

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