Deux graveurs à voir

Deux raisons de voir la galerie 48 de la rue Burdeau : deux artistes Takesada Matsutani et Kate van Houten, lui japonais, elle américaine. Mari et femme. Tous deux graveurs. Impressionnants.

 

Ce n’est pas si fréquent, de nos jours, de rencontrer en même temps deux graveurs formés à l’atelier 17, fondé par Hayter en 1927. Il est vrai que cet atelier mythique n’a disparu qu’en 1988 à la mort de son fondateur. Takesada Matsutani, né en 37, et Kate Van Houten y ont été formés en 1967 à leur arrivée en France. C’est là qu’ils se sont rencontrés. 

Cet élément seul de biographie suffirait à les rendre intéressants. 

 

Matsutani fait plus : il entre dans l’Histoire de l’art de la deuxième moitié du XXème siècle : il a fait partie dès 63 du fameux groupe Gutai (exposé cet été au musée Soulages de Rodez), ces artistes japonais qui, de 56 à 72, ont fait basculer l’art au Japon comme Dada et le surréalisme en Europe.

Mais en l’occurrence la visite n’est pas affaire d’intérêt, mais de bonheur, un bonheur fait d’éblouissement et d’étonnement. 

 

 

D’abord, quand on s’approche de la première estampe, ce qui frappe au premier regard, avant même que l’oeil ait pris la mesure de l’ensemble de la feuille, c’est la beauté du noir de l’aquatinte.  Un noir qu’on pourrait dire riche, subtil, velouté, duveteux, moiré, éblouissant, vibrant, fascinant, profond, intense, un noir qui émerveille. On voudrait retirer l’estampe de son encadrement pour caresser du doigt ce noir, ou le faire miroiter par des inclinaisons diverses de toutes les nuances que la lumière y fait danser.  Puis les yeux s’éloignent de leur fascination sanmême pourtant perdre leur éblouissement premier.

Mais comment parler de ces estampes ? Dans celles de Kate van Houten, naissent des formes sculpturales, composées, structurées, presque reconnaissables. Les titres indiquent une direction. Matsutani cherche la beauté de la forme la plus simple, le cercle, à travers la tache, la ligne, le geste. Tout est maîtrisé, juste, l’équilibre des traits et des masses séduit on ne sait pour quelle raison.  On ne connait rien, on apprécie tout.  La galerie ne présente que sept estampes récentes de Matsutani. Trop peu pour ébaucher une présentation pertinente de l’oeuvre, mais assez pour entraîner une adhésion totale. Mais on y voit aussi de petits monotypes qui permettent à l’imagination de se déployer. 

 

P. B.

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