Camille Oardǎ, artiste graveur

D’elle, je ne sais rien, si ce n’est qu’elle est jeune. Le circonflexe inversé sur le dernier a de son nom laisse supposer une origine étrangère, dont on ne tirera évidemment aucune conclusion. Ce qu’on sait en revanche, c’est que cette artiste-là est graveur. Avec déjà une belle maîtrise. Et un goût du travail qui fait plaisir à voir.

 

Ce qu’on voit sur les murs, ce sont des estampes de format raisin, toutes en mode vertical. Des gravures sur bois. Premier étonnement ! Une jeune artiste d’aujourd’hui, qu’on imagine juste sortie de l’école, qui daigne s’escrimer sur la planche, la faire tourner et retourner, manier la gouge, chasser les copeaux, voilà qui ne manque pas de sel. 

 

Sur chacun des deux murs qui se font face, une demi-douzaine d’estampes se répondent. On croit voir d’un côté une série de paysages, d’un bleu plus ou moins teinté de noir. Ce sont peut-être des ciels, vides souvent, des collines rocheuses, lointaines, et des plaines où des végétations sèches et rudes roulent des formes irrégulières, mouvantes comme les replis de la mer. Parfois, une horizontale blanche sépare crûment les formes.

De l’autre, c’est tout un jeu de formes, où domine le rouge sombre sur le blanc, qui dessinent des masses colorées et ondulantes : le plaisir de l’artiste au travail, à coup sûr, se voit. Variations passionnées de formes et de lignes. Variations heureuses.

Et puis le regard passant d’un mur à l’autre découvre l’unité originelle de l’ensemble, une même plaque sans doute, encrée différemment. Ici, ces estampes sont intitulées « vague bleue », là « vague rouge ». Deux autres estampes, sur le troisième mur, en mêlant rouge et bleu, unissent les séries.  

Un même motif inlassablement répété comme le mouvement des vagues elles-mêmes. Non celles qu’on voit déferler sur la plage – rien de Courbet ici, rien de naturaliste – mais de cette houle profonde qui enfle et désenfle, respiration monstrueuse et fascinante. Qui ne laisse pas indifférent et vous emporte dans la profondeur imaginée, ou à travers l’immensité de l’espace.  Voilà de l’art comme on l’aime, tout intérieur et silencieux, un art bien assuré du vague, qui invite autant à la contemplation qu’à la méditation.

 

Pour reprendre ses esprits, il faut s’asseoir, prendre un verre, un remontant si nécessaire. Car ça se passe dans un drôle de bistrot, découvert pour l’occasion, Le Simone, un « café culturel et espace de co-working » selon sa présentation. C’est à Lyon, Rue Vaubecour, au 42. Et jusqu’à la fin février.

 

 

PB

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Brière (mercredi, 07 février 2018 00:59)

    On aime votre regard, vraiment observateur, dépouillé d’idéologies historiennes, votre écriture aussi. Merci. On n’en regretterai d’habiter loin de Lyon !