Eloge de l'incision, gravures en creux

L’URDLA présente dans ses locaux une exposition, intitulée « Eloge de l’incision, gravures en creux », réunion de dix-huit artistes graveurs, dans une quarantaine d’œuvres, chacun, hélas, trop peu représenté (une, deux, parfois trois planches). La présence des matrices dans des vitrines, les presses visibles à proximité dans l’atelier, lui donnent une vocation naturellement pédagogique, sans doute efficace. 

Le critique, comme souvent dans les expositions collectives, ne sachant par quel bout prendre la chose, manque de matière, à moins qu'un fil directeur ne lui vienne en aide ; mais l’amateur, malgré tout, y satisfait sa curiosité et peut trouver son bonheur.

Les burins de Paul Hickin au graphisme délié racontent des histoires ténues et délicates qu’on se plaît à continuer d’inventer, et dans des formats parfois si petits qu’il en faudrait presque une loupe. On est aussi attiré par les « Stèles », fortes et équilibrées, de Patrice Vermeille. 

Les si poétiques et bien connues manières noires de Bruno Yvonnet  invitent au recueillement et au retour sur soi ; les paysages de la photographe Jacqueline Salmon (1943) présentent des horizons alpins énigmatiques, avec des « impressions pigmentaires et pointe sèche sur plexiglass ». L’URDLA, et c'est heureux, expérimente avec cette artiste des procédés nouveaux dont on se demande dans le cas présent ce qu’ils apportent. Par parenthèse, on aura beau dire qu’aujourd’hui les arts ne connaissent plus de frontières, je ne sais s’il faut se réjouir de voir les photographes investir le territoire du graveur. 

Les trois eaux-fortes de Damien Deroubaix déçoivent, et ne valent pas ses bois, que leur dimension et leurs noirs rendent plus efficaces. On voit aussi des planches jolies et bien faites, celle de Anne Laure Sacriste, par exemple, ou de Carlos Moreira.

On passera plus vite sur les entrelacs sommaires de Philippe Deléglise (le malicieux Man Ray dessinait cela sans y penser dans les années 1920  et le publiait par jeu) ; le « Soupir »  d’Alex Chevalier ne mérite pas autre chose que son titre, même si, je n’en doute pas, tout un discours fort savant doit l’accompagner. On ne dira rien d’autres encore dont le travail, sans doute fort original et qui questionne probablement, ne produit pas ce je ne sais quoi qui entraîne le désir de regarder, et de regarder longtemps.

Grand commandeur ou père fondateur, Max Schoendorff, en bonne place bien sûr, leur donne à tous sa bénédiction, avec un grande planche titrée « A l’ombre des flammes », certes une très grande et assez belle planche d’aquatinte et d’eau-forte, avec un grand prix aussi, et qui fait sourire alors que sur un site de vente aux enchères bien connu, des œuvres du même à des prix dérisoires demeurent invendues. Mais le commerce de l’art a ses lois que la raison ne connaît pas.

PB

 

Eloge de l’incision, gravures en creux.

Gravures de Nicolas Aiello, Anne-Lise Broyer,  Alex Chevalier, Philippe Deléglise, Damien Deroubaix,  Paul Hickin,  Rémy Jacquier, Florentine et Alexandre Lamarche Ovize, Frédérique Lucien, Carlos Moreira-Gonçalvez, Daniel Nadaud, Anne Laure Sacriste, Jacqueline Salmon, Max Schoendorff, Assan Smati, Patrice Vermeille,  Bruno Yvonnet, Jérôme Zonder.

 

Exposition jusqu’au 25 mars 2017

URDLA, 207, rue Francis-de-Pressensé, 69100 Villeurbanne

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