"Étoile de la mer voici la lourde nappe..."

Il est des artistes discrets, voire secrets, des rêveurs ordinaires aux talents singuliers, que l’amateur d’art, même indifférent aux modes et soucieux de sincérité, pourrait facilement méconnaître. Ce sont plus souvent, il est vrai, des femmes que des hommes, elles qui doivent et savent composer avec d’autres impératifs. Isaure de Larminat, qui expose son dernier livre d’artiste (dix pages de texte accompagné de huit gravures), au Collège supérieur, est de ces artistes-là, qui ne devraient pas susciter moins d’intérêt que les autres, les visibles, les omniprésents.

Elle grave depuis longtemps, et aggrave encore son cas en appartenant à l’espèce de celles et ceux qui tracent leur chemin sans discontinuer, volontaires et énergiques, participants réguliers mais plus rares à la vie artistique de leur temps.  

Il y a sans doute une part d’audace ou d’heureuse inconscience à présenter, dans ce lieu atypique qu’est le Collège supérieur, un séduisant travail qui s’appuie sur le célèbre poème de Charles Péguy « Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres » et qui met en oeuvre un procédé mal connu, la collagraphie. Sans entrer dans le détail, disons qu’il s’agit d’une technique d’impression dans laquelle la matrice est créée à partir d’une colle déposée en épaisseur et travaillée, gravée, ou additionnée de matières. Savoir cela, c’est déjà imaginer le plaisir très particulier, sensuel probablement, ressenti à modeler ainsi la surface de la plaque.

Le résultat n’est pas sans mérite : d’abord parce que les trois xylographies qui évoquent le texte du poème sont légères et franches de facture, et surtout parce que les cinq collagraphies font entendre, par leur composition, leur teinte, les gestes qui ont griffé ou marqué la planche, la « profonde houle » de la Beauce et la marche du pèlerin dans un univers à la fois statique et mouvant. Paysages sublimés, texturés, griffés, exaltés par les contrastes du noir et du blanc, qui laissent grandes ouvertes les portes de l’imagination et de la sensibilité. 

A voir au Collège supérieur, 17 rue Mazagran, 69007 Lyon, jusqu’au 17 février 2017.

P.B.

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Commentaires : 1
  • #1

    abdolonyme (jeudi, 09 février 2017 18:42)

    J'ai vu le livre c'est une oeuvre magnifique ! Qui mérite qu'on parle d'elle dans tous les journeaux