Exposition Envers - Endroit

Dimanche de fin octobre, Romanèche-Thorins. Les collines alanguies sous un temps gris. Les vignes dorées. Il fait doux. Le village en fête a attiré la foule. A l’écart, dans le musée du Compagnonnage qu’on découvre pour l’occasion, va se terminer une exposition temporaire du groupe Envers Endroit. Ce compte rendu arrive bien trop tard, évidemment, au moment du décrochage. Retard inadmissible, dû à l’ignorance d’abord, puis à un concours de circonstances, que le lecteur voudra bien pardonner. 

Le groupe Envers Endroit, qui a pour objectif de faire connaître la gravure et développer les échanges entre graveurs et amateurs, réunit huit artistes plasticiennes du sud de la Bourgogne, qui partagent le goût et la pratique de cet art. Sans atelier commun, chacune tire avec sa propre presse. Selon les documents disponibles à l’exposition, elles exposent régulièrement ensemble, et publient un livre d’artistes sur un thème commun à tirage limité. On peut voir la dernière publication du groupe, tirée à 40 exemplaires, autour du thème du labyrinthe.

Marité Bordas, Labyrinthe, Traverser
Marité Bordas, Labyrinthe, Traverser

Découvrir le travail encore inconnu de graveurs jamais rencontrés est déjà un plaisir. Et la première impression est celle de la réjouissance, de la jouissance, même. Car toutes les estampes exposées sont de qualité, et séduisantes. 

Claude Bernard trace de larges traits noirs, des arabesques dans des formats carrés quand Monique Dumont laisse parler les profondeurs du rêve et aboutit à des images nocturnes d’où émergent comme des voies lactées. Agnès Joannard Leblanc, qui aime le cercle, joue avec différents plans et cherche une issue quand Pierrette Burtin Serraille présente de grandes eaux-fortes d’une solide simplicité mais d’une grande richesse de teinte. 

Les linogravures de Marie-Hélène Tolon, les plus directement liées à la matière antique du mythe grec, et de prime abord plus éloignées de mon goût, se mettent à exister et sollicitent longuement l’attention. Les gris bleutés aux fouillis de lignes de Nicole Mahuet, où apparaissent de vagues figures, déformées souvent comme par le brouillard du temps, ne laissent pas de solliciter l’imagination.  Les collages de Martine Chantereau, variations colorées sur une ancienne représentation circulaire du labyrinthe, valent par leur équilibre et le jeu des lumières, des teintes, des formes.  Les compositions soignées de Marité Bordas, chargées de signes quasi primitifs et tramées de bandes collées aux riches coloris, sont heureuses et dansantes. 

Marie-Hélène Tolon,  "Une histoire".
Marie-Hélène Tolon, "Une histoire".

Huit artistes, c’est aussi le gage de la diversité. Et l’oeil navigue heureusement entre noir et blanc et couleur, entre planches à l’esthétique de fanzine et compositions abstraites, entre tourbillons mouvants de lignes et géométries immobiles. 

Tout se tient, donc. L’amateur exigeant trouvera qu’il manque quelque chose, un rien de nouveauté, d’originalité, peut-être, qui produise un vrai coup de coeur, ou un bouleversement.  

Peut-être aussi l’interprétation du labyrinthe est-elle trop tournée vers l’intériorité de l’individu, comme l’indique le « tu es le labyrinthe » de Jean-Paul Kara-Mitcho dans le texte qui accompagne l’exposition et le livre d’artistes.  Autant que les sinuosités déroutantes de l’âme humaine, ce thème du labyrinthe d’une actualité criante, pourrait interroger le monde qui nous entoure ; car si l’homme est un labyrinthe, le monde l’est aussi, sans qu’il soit besoin de revenir à la concordance entre le microcosme et le macrocosme de la Renaissance. Qu’il s’agisse d’idéologie, de politique, de morale, d’esthétique, qui peut dire où nous sommes et où nous allons ? Or quel est même notre fil d’Ariane, s’il n’est pas l’art ?

 

P.B.

 

Exposition Envers Endroit

Musée du Compagnonnage, 

Romanèche-Thorins,  du 2 mai au 2 novembre 2016.

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