Hugon, Jean-Baptiste, 1797-1860.

 

 

Parce qu’il en était un collaborateur, la Revue du Lyonnais, publie à son décès sous la plume de P. Saint Olive cette notice nécrologique qu’on ne résiste pas au plaisir de donner en entier  :

 « La Revue vient de perdre un de ses collaborateurs, M. Jean-Baptiste Hugon, décédé le 24 juillet dernier, à l’âge de 63 ans. Tous ceux qui l’ont connu savent à quel point il avait été heureusement doué de la nature. Obligé de travailler pour se créer une modeste existence, il employait tous les moments dont il pouvait disposer à cultiver les arts et les lettres, il dessinait fort bien le paysage et gravait à l’eau forte ; il cultivait aussi la poésie, et il a fait de nombreuses traductions en vers de Dante et d’Arioste, ainsi qu'une assez grande quantité de contes spirituellement rimés. 

Il avait réuni une belle collection d'eaux-fortes qu’il se faisait un plaisir de montrer à ses amis. Quand on feuilletait ses cartables, sous sa direction, on prenait une véritable leçon, car il connaissait les maîtres, énumérait parfaitement leurs qualités et leurs défauts, et initiait son auditeur à tous les progrès de l’art de la gravure.

La vie de Jean-Baptiste Hugon est un démenti donné à ceux qui prétendent que les occupations intellectuelles sont incompatibles avec celles du commerce. Dans les différentes maisons où il a été employé, on l’a toujours vu faire preuve d'assiduité et d'aptitude pour les affaires ; mais au lieu de chercher un délassement dans l’oisiveté d’un cercle ou dans le triste plaisir du jeu, il trouvait sa jouissance à retremper son esprit dans des travaux artistiques et littéraires, bel exemple peu suivi. »

 

Aimé Vingtrinier, le logographe lyonnais et ami de l’artiste, a écrit l’année suivante, en 1861, une courte biographie en accompagnement d’ une édition posthume d’un recueil de contes écrits par Hugon et en fait un portrait élogieux. Trop élogieux et convenu pour qu’on lui accorde grand crédit. On y apprend que notre artiste est fils d’un avoué lyonnais, décédé jeune, qu’orphelin il a été scolarisé au Lycée Impérial de Bourg en Bresse d’où, avec le sentiment de l’exil et sans terminer ses études, il revient vite à Lyon pour commencer une carrière dans le commerce. Selon un schéma bien connu à Lyon (voir les graveurs B. Baron, H. Allemand), commis, associé, chef de maison, il gravit les échelons, et acquiert une certaine aisance. Autodidacte, Hugon cultive en même temps les belles lettres et les beaux arts, apprend le latin, l’italien, s’amuse selon son biographe, à traduire les auteurs, à pratiquer la gravure, écrit aussi des contes, collectionne peintures et oeuvres graphiques.

 

 

 

Ses estampes.

Aimé Vingtrinier fait grand cas « des eaux fortes aussi remarquables par la perfection de l’exécution que par la distinction et le grandiose de la composition et de la pensée ». On ne saurait en dire autant. 

Même s’il fait partie de ces artistes qui avant la moitié du siècle ont jeté les bases de ce qui permettra ensuite le renouveau de l’eau-forte, ses estampes, d’un métier laborieux, parfois d’un dessin maladroit, ne sont guère originales.

Elles reprennent des motifs qui sont ceux de tous ses contemporains et dans sa manière, il est encore proche du XVIIIème - sa marine s’inspire d’un Jean Baptiste Lallemand -  ou d’un Antoine Duclaux (1783-1868), l’artiste lyonnais à la mode des années 1830-1850, dont deux de ses gravures procèdent. Il est à peine touché par le romantisme dominant en son temps. Par rapport à ses jeunes contemporains, il n’a pas l’aisance d’un Charles Jacque (1813-1894), ou le métier d’un Bléry (1805-1887). Et pour les Lyonnais, son travail, moins imprégné peut-être par le souvenir des Hollandais du siècle d’or, n’a pas la lumière ni l’exactitude de celui de Baron (1788-1869), ni l’ampleur et parfois la grâce de celui d’Allemand (1809-1886). 

Néanmoins, il faut lui reconnaître un certain mérite. Si certaines planches sont bien plates, il en est une ou deux qui ne sont en rien inférieures à celles de ces artistes-là.

 

Le dictionnaire Benezit assure que l’artiste a produit vingt-cinq pièces. Le fonds français des estampes du XIXème siècle conserve dix-huit eaux-fortes et une lithographie. On en trouve six au British Museum (achetées auprès de A. Bonnafoux Murat dans les années 1990) et une aux Fine Arts Museums de San Francisco. 

 

 

On est en mesure de montrer un ensemble de douze estampes de J. B. Hugon, dont on possède parfois plusieurs états. Elles ont été rassemblées par Hugon lui-même dans un portefeuille de vingt pages de 400 x 285mm, intitulé J.B. Hugon, 16 planches gravées à l’eauforte, Lyon 1833-1839 où elles sont collées seules ou par deux selon leur format.

 

Une des estampes se présente comme un frontispice et une autre, une nature morte, présente un dossier sur la couverture duquel se trouve le nom de Charles Michel, qui fut un collectionneur et mécène des artistes lyonnais. On peut supposer que Hugon rendait hommage ainsi à ce personnage, comme le fait en 1850 le graveur Anthelme Trimolet qui, ainsi que le rapporte une notice du Musée de Dijon, lui a dédié un curieux album, en exemplaire unique.

Nous avons numéroté les estampes dans l’ordre où nous les trouvons dans le portefeuille ; mais dans la mesure où il manque des pages et en l’absence de reliure, rien n’indique absolument l’ordre original.

 

 

Sources

Dictionnaire Benezit.

Jean-Baptiste Hugon, Les trente contes de Cigognibus, recueillis et mis en vers par Jean-Baptiste Hugon. Précédés d'une Biographie de l'Auteur par ses amis. Lyon, Imprimerie d'Aimé Vingtrinier, Quai Saint-Antoine, 35, 1861.

Adolphe Vachet, Nos Lyonnais d’hier, 1910.

« Notice nécrologique sur J.B. Hugon », par P. Saint Olive, Revue du Lyonnais, tome XXI, Lyon, 1860.